À 35 ans, le Parisien a décidé de mettre un terme à sa carrière internationale. Mais il prolonge l'aventure avec son club, le Stade Français.
Mortifié par une Coupe du monde passée sur le banc
de touche, blessé au dos, Christophe Dominici a failli tout
arrêter il y a un mois. Après réflexion,
l'ailier aux 65 sélections a décidé de mettre
un terme à sa carrière internationale pour mieux se
consacrer à son club. À 35 ans, le joueur
«historique» du Stade Français reprend du
service pour «transmettre son expérience».
– Pourquoi dire adieu
à l’équipe de
France ?
Christophe Dominici.
Pourquoi continuer ? Pour disputer un tournoi de plus ? Une
histoire vient de se terminer, une autre démarre. Place aux
moins anciens que moi et aux jeunes. Pendant des années, je
pense avoir apporté mon envie, ma volonté. D'autres
joueurs sont capables d'en faire autant. J'ai eu le
privilège de disputer trois Coupes du monde. Je sais que je
ne disputerai pas la prochaine. Alors autant laisser ma place.
Vous n'avez pas beaucoup
joué durant cette Coupe du monde que vous brûliez de
gagner. Cela doit vous lasser un goût
d'inachevé…
J'aurais
préféré une plus belle sortie.
Malheureusement, ça ne s'est pas très bien
passé. C'est comme ça. (Un silence.) On aurait
été champion du monde, j'aurais certainement
arrêté ma carrière. Si mon club était en
super santé, peut-être aussi que j'aurais
arrêté. Mais comme, aujourd'hui, il ne se porte pas
bien et que j'ai encore des qualités, de l'appétit,
je veux aider le Stade Français à se soigner.
Il y a un mois, vous avez
avoué avoir eu envie d'arrêter le
rugby.
J'ai toujours fonctionné avec
des objectifs. Là, il fallait en retrouver un, savoir
pourquoi continuer. L'équipe de France, qui était une
grosse partie de ma vie, c'est terminé. Avec le Stade
Français, j'ai eu la chance de remporter cinq titres de
champion de France. Il me fallait donc un nouveau défi. Je
l'ai trouvé. Transmettre mon expérience, donner aux
jeunes l'envie de se transcender avant de définitivement
raccrocher… (Sourire.) Mais je vous rassure, je ne vais pas
faire semblant sur le terrain. J'ai encore envie de disputer de
grands matchs, de gagner. En vieillissant, je supporte d'ailleurs
de moins en moins la défaite. L'histoire aura bientôt
une fin. C'est à moi de l'écrire…
Comment s’est passée
votre reprise, samedi ?
Je manque encore un
peu de sensations. La preuve, j'ai raté un essai. Ma passe a
été interceptée alors que je pouvais y aller
tout seul. Heureusement, nous gagnons. Or, la victoire importait
plus que le jeu. D'autres échéances importantes
approchent. On va voir si on est capable de s'imposer.
Les difficultés actuelles
semblent liées aux départs de joueurs cadres. Le
nouveau groupe peine-t-il à prendre corps
?
On a passé le réveillon du Nouvel An tous ensemble
pour recréer ce qui fait la force du Stade Français :
l'humain. À Paris, comme on n'a pas les structures, on doit
s'appuyer sur les hommes. Les joueurs qui arrivent doivent
comprendre qu'ici seule la victoire compte. On a perdu des hommes
importants dans la vie de groupe, des symboles. Leurs
remplaçants ne sont pas moins bons rugbystiquement, mais ils
n'occupent pas la même place dans la dimension psychologique.
À nous, les anciens, de les intégrer au mieux.
Les dirigeants comptent sur vous
pour les aider à appréhender la mentalité
particulière du Stade
Français…
Il faut apporter notre expérience à cette jeune
génération, perpétuer l'état d'esprit.
L'histoire ne doit pas s'arrêter parce que des hommes ont
arrêté. Au contraire. Ils doivent être encore
plus forts. Réussir ce qu'on n'a pas réussi :
être champion d'Europe. Je vais essayer de leur apporter
cette envie. Parce que j'en ai encore !
Vous qui privilégiez
toujours le groupe, comprenez-vous le comportement de Juan
Hernandez qui a prolongé ses vacances en Argentine en
arguant d’une fausse blessure
?
Après une Coupe du monde, ce n'est
pas facile de replonger. Il faut comprendre que les joueurs ont
parfois besoin de souffler. Le plus important, c'est ce qu'il met
sur le terrain. Et Juan est un compétiteur. Il ne triche
pas. Pour avoir discuté avec lui, je ne doute pas que tout
va bientôt rentrer dans l'ordre…




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